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Enfin seul et sociable

par Catherine Makereel paru le 2006-10-30 dans Le Soir
Festival Bilan de la quatrième biennale du monologue à l'L
Avec ses monologues cocasses, singuliers, déjantés ou recueillis, « Enfin seul » fut bien entouré et a rempli les salles!
Rien de plus simple que de remplir une salle de théâtre avec un festival du monologue. Il suffit de le vouloir et question volonté, Michèle Braconnier n'est pas en reste. Pour certains, le théâtre commence quand deux personnes sont sur scène. Pour la directrice du Théâtre de l'L, le théâtre fait feu de tout bois, même d'une brindille solitaire. Depuis 2000, sa biennale écluse la foultitude de solitudes dont regorgent nos auteurs. « Depuis le début du festival, j'ai déjà reçu une trentaine de projets, alors imaginez combien j'en reçois en deux ans », s'exclame, presque lasse, Michèle Braconnier. Dire que cette quête en vaut la chandelle est donc un euphémisme. Mais attention, il ne s'agit pas ici d'offrir le plateau au dernier one-man show d'un Sam Touzani ou d'un Pie Tshibanda. Le mot d'ordre à l'L, c'est la découverte de « jeunes » talents !
Jeunes en âge ou nouveaux venus à l'écriture, ces auteurs nous ont offert, cette année, des pépites frappées du sceau de la singularité : Il y a d'abord eu la bonne idée de Il ne viendra plus personne de Ludovic Flamant : décliner la pièce en deux facettes différentes d'un même texte, transformant le public en arbitre des choix artistiques du metteur en scène. Dans le registre de l'étrangeté, Cheval d'Antoine Defoort fait figure de champion (lire ci-contre). Sans oublier Modèles vivants qui nous a vraiment tapé dans l'oeil, poussant le monologue dans ses retranchements avec ses quatre comédiens pour quatre traversées en solitaires de la nudité.
(…)
Des mots noirs
Le noir est la couleur préférée du monologue à en juger par les premières phrases des textes de la Rencontre d'écritures du festival. « Vivre est plus léger depuis que j'ai choisi la mort comme échéance à mes rêves » (La Disparition de Natacha Romanovski) ou « Pleurer dans le noir efface les odeurs » (Enfin morts de Caroline Lamarche). Mais s'il aborde des sujets graves, c'est avec humour, à l'image de Alain l'Africain qui a clôturé le festival et favorablement marqué nos rétines.
Cette fiction radiophonique de Pierre Lorquet, Luc Malghem et Sabine Ringelheim, dénonce la difficulté de trouver un appartement quand on est noir et que les proprios remâchent leurs peurs injustes. Monologue doux-amer, mariant habilement vidéos, musique et sons, Alain l'Africain marque surtout l'envol de deux artistes à suivre : Sylvie Landuyt (mise en scène) et Frédéric Lubansu (jeu). Une petite perle qui prouve encore une fois que « Enfin seul » est une biennale qui compte.